L’Aïkido, c’est quoi ?

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Moriheï Ueshiba

L’Aïkido est un art martial japonais fondé par Moriheï Ueshiba entre 1925 et 1960. Basée sur l’expérience que son fondateur a eu des différents Koryu (anciennes écoles d’arts martiaux) et aussi du Daitoryu Aïkijujutsu, lAïkido se pratique à mains nues et avec armes (Bokken, Jo et Tanto). Il n’utilise pas la force mais la souplesse, le déplacement, le placement des hanches et le relâchement musculaire. Ses techniques ne visent pas à vaincre mais réduire la violence ou l’agression potentielle à néant.

Un art martial de défense relativement récent

A les voir effectuer des mouvements souples et sereins dans leur somptueux costume bleu et blanc, vous vous dites que cet art martial ô combien majestueux date forcément d’une époque à la noblesse révolue ? Raté ! Pour noble et altier qu’il soit, cet art n’en est pas moins très contemporain. Jugez plutôt : il a vu le jour en 1925, il n’y a donc même pas un siècle !
L’idée : se défendre, dans un esprit pacifique, en faisant le moins de mal possible à son adversaire. Un rêve de Bisounours, vous dites-vous ? Plutôt une question de bon sens, en fait. L’idée de Morihei Ueshiba, le fondateur de la discipline, c’est d’utiliser la force même de son adversaire pour le déstabiliser. Ainsi, cette méthode de self-defense est accessible au plus grand nombre, y compris les femmes, souvent moins fortes physiquement que leur agresseur.

Une dimension spirituelle

Il faut dire que Morihei Ueshiba était lui-même confronté à cet état de fait : chétif, très nerveux et souvent malade, il n’a a priori, dans son enfance, rien pour devenir un athlète de haut niveau. Ses parents le forcent toutefois à pratiquer différentes activités sportives, histoire de l’étoffer un peu. Après être tombé malade vers l’âge de 20 ans, il décide de s’entraîner sans relâche afin d’obtenir un corps enfin solide et vigoureux, malgré sa petite taille (moins d’1,60 m). Il se passionne pour les arts martiaux, puis s’engage dans l’armée. Mais il lui manque une dimension spirituelle, qu’il acquerra au fil de ses rencontres avec plusieurs maîtres. Ce sont ces différentes expériences qui lui permettent d’aboutir à cette conclusion : le but ne doit pas être de vaincre ses adversaires par la force mais bien de maintenir la paix et l’harmonie en ce bas monde. 1925 : l’aïkido est né. Aï pour union et harmonie, ki pour énergie vitale et do pour voie, perspective. 

Il faudra attendre les années 1960 pour qu’il débarque en occident, poussé par le mouvement libertaire et pacifiste qu’on connait.

Pas de compétition, un esprit d’entraide

L’une des nombreuses particularités de l’aïkido, par rapport aux autres arts martiaux, c’est qu’il n’est soumis à aucune compétition. Certes, il existe bien des ceintures de couleur, visant à indiquer le niveau des athlètes, mais c’est le professeur qui les décerne jusqu’à la ceinture noire, quand il estime que son disciple est prêt. Pas de points, pas de championnat, rien qui mette les élèves en compétition, ce qui serait un contresens par rapport à l’esprit de l’aïkido.

Le but est de faire travailler chacun sur ses propres défauts, indique Patrick Benezi, professeur affilié à la Fédération française d’aïkido, d’aïkibudo et affinitaires (FFAAA). Certains sont trop raides, trop souples, trop nerveux… L’entraînement est donc personnalisé.” Chacun y trouve ce qu’il vient chercher, c’est ensuite au professeur d’orienter la séance et les exercices en fonction des faiblesses à travailler.

Progresser ensemble

Si vous cherchez des résultats rapides : passez votre chemin, l’aïkido n’est probablement pas fait pour vous. Cette discipline s’apprend au long cours, elle exige patience et ténacité. Il faut plusieurs années de pratique assidue avant de maîtriser un minimum les techniques d’aïkido. Ce qui, au passage, vous apprendra à avoir un peu de suite dans les idées.

De même, les élèves s’entraînent – et s’entraident – entre eux. L’un joue le rôle de l’assaillant, l’autre du défenseur, le tout à tour de rôle. “Le cours se déroule vraiment dans un bon esprit où la compétition entre les élèves est complètement absente, souligne le professeur Patrick Benezi. Au contraire, ils ont à cœur de se faire progresser les uns les autres.” Une camaraderie visible sur le tatami pendant les séances d’entraînement où le sérieux des pratiquants n’empêche pas les rires de fuser.

Une pratique physique ET philosophique

Même s’il se veut pacifiste, l’aïkido est, par définition, un sport de combat. Il requiert peu de force, mais nécessite un entraînement physique important, à raison de plusieurs séances par semaine. Souplesse, équilibre, motricité, rapidité d’exécution sont autant de notions qui sont travaillées pendant les séances.

Ce que l’on ne soupçonne pas forcément à première vue, mais qui fait toute la richesse de l’aïkido, c’est que chacune de ces notions fait appel à des raisonnements philosophiques aboutis. La philosophie de la non-violence, en premier lieu, sur laquelle est fondée la discipline. Ce faisant, les aïkidokas s’engagent sur la voie de l’harmonisation. La recherche de pureté du geste et de la pensée guide les actions des pratiquants, le tout dans la plus grande sérénité possible.

Moins peur du conflit

Tout cela se traduit par une influence sur la vie quotidienne, hors du tatami. “Le plus flagrant, c’est qu’on a beaucoup moins peur du conflit, que l’on désamorce plus facilement. On n’appréhende plus de se retrouver en opposition avec quelqu’un, puisqu’on sait comment gérer”, commente Cécile, qui pratique l’aïkido depuis 1997. Plutôt que les passages en force lors des disputes, les adeptes de l’aïkido ont davantage tendance à provoquer la discussion, à étudier les arguments de l’interlocuteur, bref, à affronter le conflit sans pour autant l’envenimer. Le but est de trouver une issue favorable, pas d’écraser l’autre.

Une sérénité qui se traduit également au quotidien par une plus grande confiance en soi. “On ne s’en rend pas nécessairement compte de façon très claire. Mais en y réfléchissant, il est évident que l’aïkido permet de mieux s’assumer dans la vie”, conclut Cécile.

Un somptueux costume qui plaît aux femmes !

La pratique de l’aïkido est ponctuée de rituels et de codes. On salue avant le début du cours, on ne se tient jamais debout quand on ne travaille pas et on… porte ce majestueux costume au pantalon bouffant noir (ou bleu marine, c’est selon). “Ca peut paraître futile mais je suis persuadé qu’une des raisons pour lesquelles il y a 30 % de femmes parmi les aïkidokas, c’est l’attrait pour le costume”, plaisante le moniteur Patrick Bénézi.

La tenue de l’aïkidoka est composée de plusieurs morceaux. Il y a d’abord le traditionnel kimono, le même que celui popularisé par le judo. Pour les aïkidoka débutants, c’est d’ailleurs la tenue de rigueur. Mais ce qui fait la majesté de la panoplie, c’est le hakama, c’est espèce de jupe-culotte noire qui bouffe en mouvements amples à chaque déplacement.  “Les élèves n’ont généralement le droit de la porter qu’après trois ou quatre ans de pratique.”

Le beau costume est lui aussi l’objet d’un petit rituel. Non seulement il faut en prendre soin, mais le pliage de fin de séance s’apparente à une véritable cérémonie, où chacun s’affaire à plier son ouvrage “au carré”.

Etape 1 : acquérir les techniques

Le problème avec l’aïkido, c’est que c’est comme la musique : avant de pouvoir le pratiquer correctement, il faut faire ses gammes et apprendre le solfège… Enfin, la technique, quoi ! Et cela peut prendre un certain temps.

Les premiers cours, on apprend avant tout à avoir un bon placement, à bien positionner les jambes, le centre de gravité, commente Patrick Bénézi. Il faut également travailler la souplesse, l’endurance, mais cela se fait au long cours.”

Par la suite, l’élève apprend des mouvements basiques, l’essentiel de la stratégie consistant à esquiver l’attaque ou l’utiliser à contre-courant, en utilisant la force de l’adversaire contre lui-même. A ce titre, les articulations jouent un rôle tout particulier : selon leur positionnement, la pression qui y est appliquée, etc., il est possible d’immobiliser un adversaire physiquement plus fort que soi. Encore une fois, ce travail est basé sur la précision et l’intelligence du geste beaucoup plus que sur la bonne condition physique, même si elle reste bien évidemment très utile pour encore mieux se défendre.

Travail à mains nues ?

C’est bien sûr le professeur qui enseigne ces techniques. Mais les élèves s’entraînent ensuite entre eux, sous l’œil vigilant du maître, qui peut corriger les mouvements. “Tous les niveaux sont mélangés, ce qui s’avère très intéressant pour l’entraînement, commente Patrick Bénézi. Chacun fait progresser l’autre.”

Plusieurs postures de travail peuvent être adoptées : les deux partenaires (l’attaquant et le défenseur) peuvent être debout ou alors l’attaquant debout et le défenseur à genoux ou encore les deux partenaires à genoux.

Au départ, on travaille à mains nues. Puis des variantes viennent compléter l’entraînement, avec l’introduction d’armes, soit du seul côté de l’assaillant, soit pour les deux partenaires.

Bien que le but soit de se défendre contre les attaques, les aïkidokas travaillent les deux rôles, considérés comme aussi importants l’un que l’autre lors des séances.

Etape 2 : la peur vaincue, on laisse s’exprimer l’intuition

Quand vous sentez que vous allez recevoir un coup, quelle est votre première réaction ? Vous vous écartez pour tenter de l’esquiver, n’est-ce pas ? Réflexe typique lié à la peur. Les premières années de pratique de l’aïkido, où vous avez développé des techniques d’esquive, vous auront également permis de vous affranchir de cette appréhension. Désormais,vous affrontez le danger en le regardant en face. Vous l’esquivez de façon plus intelligente et constructive et non par un simple réflexe de peur.

Il est temps de laisser votre intuition s’exprimer. “C’est tout l’intérêt de l’aïkido, commente le professeur Patrick Bénézi.  On n’a jamais fini d’apprendre, de progresser et de faire parler son intuition.” En effet, une fois les bases techniques acquises, on peut tenter d’improviser à partir des bases que l’on connait. Encore une fois, la comparaison avec la musique est pertinente : une fois qu’on connait le solfège (la technique, donc), libre à chacun de jouer des partitions connues ou d’improviser, par exemple…

Des principes plutôt que de la force

“L’important, poursuit Patrick Bénézi, c’est de ne pas baser son travail sur la force et les qualités physiques, mais sur les principes de cet art. Sinon, en vieillissant, quand les qualités diminuent, on est moins bon. L’aïkido est au contraire un art martial que l’on peut pratiquer très longtemps dans de bonnes conditions. Et on ne s’ennuie jamais parce qu’au fil des ans, les sensations deviennent plus fines, on n’est plus dans l’exultation du début mais dans la subtilité.”

Au cœur d’une séance-type d’aïkido

Traditionnellement, la séance d’aÏkido dure 1 h. Idéalement, trois séances par semaine devraient vous permettre de progresser rapidement puis de vous maintenir à la page tout en continuant à faire des découvertes.

 Premier passage obligé : les vestiaires.Chacun enfile son costume d’apparat, kimono et pantalon bouffant inclus.

 Puis c’est le traditionnel échauffement : étirements, répétition de mouvements. Rien de bien exotique pour l’instant…

 C’est là que commencent les choses sérieuses. A l’appel du professeur, les élèves viennent se ranger devant lui, face au portrait du fondateur de l’aïkido, et s’assoient sagement “à genoux”, pieds sous les fesses, seïza en japonais. Une posture bien particulière que les élèves se doivent de respecter. S’ensuit une petite cérémonie formelle de salutation.

 Les exercices commencent, les élèves entament des combats, sous l’œil vigilant du professeur qui intervient pour corriger une posture, un geste. Si un élève se retrouve sans partenaire, il ne doit pas quitter le tatami mais rester en position assise, attendant son tour.

 Au fil de la séance, les exercices s’enchaînent ainsi, les partenaires changent. “C’est important de ne pas toujours travailler avec le même partenaire car nous avons tous des techniques et des habitudes différentes, il ne faut pas s’habituer à un partenaire en particulier mais au contraire être prêt à parer à tout type de situation”, explique Patrick Bénézi.

 La séance se termine pas un autre petit salut officiel, à l’image de celui de début du cours. Avant de quitter le tatami, les élèves plient soigneusement leur hakama.

Cécile : l’aïkido influence tout mon quotidien

Cécile a découvert l’aïkido complètement par hasard, à l’adolescence. Aujourd’hui, elle s’entraîne plusieurs fois par semaine et dit tout le positif qu’elle retire de la pratique de cet art martial.

“A 14 ans, je voulais faire de la gym, mais le cours était complet.Je me suis donc tournée vers l’aïkido sans vraiment savoir ce que c’était. J’ai très vite été séduite par l’aspect très complet mais aussi élégant de cet art. On utilise vraiment tout le corps, y compris des muscles dont je ne soupçonnais jusqu’alors pas l’existence ! L’aïkido fait aussi appel à la coordination, à la notion de gestion de l’espace… C’est aussi une très bonne façon d’apprendre à gérer un timing, d’autant qu’au lieu d’essayer de prévoir ce qui va se passer, il faut au contraire s’adapter au fur et à mesure à ce qui se passe.

On n’en a pas nécessairement pleinement conscience, mais il est évident que l’aïkido sert beaucoup dans la vie quotidienne. Par exemple, je n’ai plus peur des conflits puisque, par définition, j’apprends à les gérer depuis 15 ans. Je sais que je peux entrer en conflit et gérer la chose calmement, sur le tatami ou dans la vraie vie. J’appréhende beaucoup moins qu’avant de me retrouver en opposition, j’ai pris confiance en moi.

On ne s’ennuie jamais

A l’adolescence, l’aïkido m’a aussi aidée à dédramatiser le contact physique, souvent difficile à cet âge. Un période où l’on a aussi besoin de repères, ce que cette pratique m’a permis d’acquérir.

Dans la pratique, j’aime le fait qu’on ne s’ennuie jamais. Il y a toujours quelque chose de nouveau à apprendre, on ne stagne pas. Je suis ceinture noire 3e dan et pourtant, j’ai toujours la possibilité de progresser et je sais que le fait de vieillir, plus tard, ne sera pas un handicap. J’affinerai mes sensations et mon intuition primera sur ma force, c’est tout.”

Apprendre l’aïkido : où s’adresser ?

Ca y est, nous vous avons donné envie de vous essayer (ou l’un de vos enfants peut-être ?) à cet art martial de “self defense pacifiste” ? Avant toute chose, sachez que vous ne serez pas la seule : environ 30 % des pratiquants sont des femmes et les deux fédérations présentes en France comptent entre 60 000 et 70 000 adhérents.

L’aïkido peut se pratiquer à n’importe quel âge à partir de 6/7 ans.

L’idéal, au moins dans un premier temps, est de s’entraîner au moins une à deux fois par semaine. Des rencontres locales permettent de faire de temps à autres des séances plus longues, avec de nouveaux partenaires.

Pour s’inscrire, il suffit de se présenter dans un club, qui vous demandera une somme correspondant au coût d’inscription, comprenant la licence obligatoire. Vous devrez fournir un certificat médical de non contre-indication à la pratique de l’aïkido.

En termes d’équipement vous n’aurez, dans un premier temps, qu’à faire l’acquisition d’un kimono et d’une ceinture, que vous trouverez en magasin spécialisé ou, parfois, dans les grandes surfaces dédiées au sport.

Des inquiétudes ? Alors sachez que l’aïkido est un sport particulièrement sécuritaire, beaucoup moins violent que d’autres arts martiaux, et que les accidents y sont très rares.

Pour plus d’information, contactez la Fédération française d’aïkido, aïkibudo et affinitaires (FFAAA) au 01 43 48 22 00 ou en vous rendant sur son site web.

Lien vers l’article d’origine : Journal des femmes